LATOUR de FRANCE : EAU SECOURS !

Communiqué de presse de FRENE 66 du 1er décembre 2025

La commune de Latour de France a accueilli la semaine dernière deux réunions publiques concernant la ressource en eau. 

La première, animée par les services de l’État concernait un projet d’irrigation agricole qui consistera à amener l’eau du barrage de Caramany sur la plaine de Rivesaltes en évitant les « pertes » karstiques au niveau d’Estagel. 

La seconde réunion, animée par l’association des usagers de l’eau Agly- Fenouillèdes, portait sur le doublement du montant des factures d’eau potable et sur une demande de transparence dans la  gestion opaque de la communauté de communes.

Ces questions sont connexes  et démontrent les difficultés de ce territoire face au changement climatique et à l’incurie des élus locaux.

La Communauté de Communes Agly Fenouillèdes (CCAF) compte 6 000 habitants. La situation catastrophique de la ressource en eau décrite par le Préfet dans plusieurs courriers adressés aux maires oblige l’État à mettre en demeure cette collectivité en charge de l’eau potable et de l’assainissement. 

Un problème de facturation par la régie de la communauté est évoqué par le maire de Latour de France lors de cette réunion. Le niveau d’impayés est estimé d’après lui à 30%. malgré l’achat d’un logiciel d’une valeur de 30 000€. Toutefois, cette situation ubuesque sur la facturation n’explique pas à elle seule les difficultés sur la ressource en eau de cette collectivité. 

Déjà  constatée en mai 2024  par le ministre BECHU, la politique publique des élus concernant l’eau a été négligée dans ce département. L’État parle maintenant d’un « chaos créatif » pour qualifier cette situation. Dans cette collectivité de 24 petites communes rurales, on préfère investir dans des bâtiments flambants neufs qu’investir dans les réseaux d’eau dont 2 millions d’euros pour Latour de France récemment pour sa nouvelle mairie. 

Pourtant, dans la mise en demeure du préfet l’urgence sur la ressource en eau est soulignée avec 450 000 m3 de pertes d’eau potable sur un réseau très fuyard (1 litre sur 2 perdu !). C’est l’équivalent d’une consommation de 8000 habitants, soit presque le double de la population actuelle de cette communauté de communes. 

C’est le non-respect d’une obligation légale de 2014 qui impose un rendement de 85% du réseau de distribution aux collectivités avant fin 2015. Pour la communauté de communes Agly Fenouillèdes on est à moins de 50% en 2025. 

La FRENE 66 regrette que l’unique plan de résilience en France en cours dans les Pyrénées Orientales n’ai pas pris cette situation en considération prioritairement. En effet, avec 30 administrés par kilomètre de réseau contre 80 en moyenne dans ce pays, la CCAF n’aura pas les moyens d’engager les travaux obligatoires. Sauf à faire exploser les factures dans une collectivité pauvre économiquement. C’est déjà le cas. Où étaient les élus locaux pendant l’élaboration de ce plan ?  

Par ailleurs, le projet d’adduction agricole dans la vallée de l’Agly pose de nombreuses questions. Pas d’étude prospective sur le remplissage du réservoir de Caramany à l’horizon 2050 intégrant les données du changement climatique. Pas d’étude du BRGM à ce jour sur l’objectif de mettre moins d’eau dans le karst alors que  la métropole de Perpignan prévoit une pression sur les prélèvements multipliée par 5 dans celui-ci. 

Ce projet de canal de 8 km, véritables contournement de l’Agly, à 20 millions d’euros est très largement contesté par l’ASA du canal de la Plaine qui compte 1000 adhérents entre Latour de France et Estagel qui dénonce une soi-disant « sécurisation » qui cache en fait l’extension des  périmètres d’irrigation au profit de gros arboriculteurs.

Comment peut-on imaginer démarrer des travaux fin 2025 sans les études mentionnées ? Enfin, un investissement de 20 millions d’euros pour un tuyau qui fonctionnera une année sur deux et deux mois par an avec les sécheresses actuelles doit également nous interroger dans les priorités fléchées par l’État dans le département.

Face à ce constat général nous avons demandé au préfet un moratoire sur l’urbanisation tant que la ressource n’est pas sécurisée, sur le modèle du porter à connaissance du préfet des Alpes Maritimes. Sans succès jusqu’ici.  C’est donc tout naturellement que nous demandons aussi au préfet de déférer au tribunal administratif le programme d’aménagement de 5 ha de lotissement autorisé par le maire de Latour de France sur des terres agricoles parfaitement irrigables.

Face au chaos tout court et a l’irresponsabilité politique AU SECOURS !